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Sainte-Anne-de-la-Pérade

Église Ste-Anne-de-la-Pérade

Événements historiques

La débâcle du 19 mars 1936

Tant par sa beauté que par son utilité pour le transport, la rivière Ste-Anne contribua fortement à l'établissement des premiers colons à Ste-Anne-de-la-Pérade. Si cette rivière était d'une grande utilité pour le transport, elle scindait tout de même la municipalité en deux.

Pendant plus de 150 ans, les déplacements entre les deux rives se faisaient à l'aide de canots, chaloupes ou de barges.

Le premier pont fut construit vers 1839 au même emplacement que le pont actuel. Face à l'église, ce pont relie le côté est au côté ouest sur l'Île des Pins. Il s'agissait d'un pont levis en bois cintré, comprenant sept arches. À partir de l'Île des Pins, un deuxième pont de trois arches enjambait le petit chenail pour relier le côté ouest.

Ce pont fut emporté par les eaux lors de l'éboulis de St-Alban en 1894.

Le pont fut reconstruit en fer. Les travaux s'échalonnèrent sur deux ans, de 1895 à 1897. Le contrat pour le fer fut octroyé à un M. Rousseau de Montréal. Les piliers de pierre ont été bâtis par un M. Beaucage. Mais les difficultés surgirent. Le fer état rendu sur place et les piliers n'étaient pas prêts. Le fer devint rouillé à cause de ces lenteurs. Cela occasionna des procès entre les deux entrepreneurs. La dimension du pont: trois arches de 212 pieds de long, soit un total de 636 pieds de longueur.

En 1935, de plus en plus d'automobiles circulent sur les routes du Québec et le pont de fer conçu à l'époque des voitures à chevaux est devenu trop étroit. On décide d'en construire un plus moderne.

Le contrat pour la construction du nouveau pont sera accordée à la «Dominion Bridge Company» pour la somme de 107,650$.

Afin de ne pas déranger la circulation et de ne pas perdre de revenus de péage (À cette époque, le pont appartenait à Ste-Anne-de-la-Pérade. Il s'agissait d'un pont à péage et ses revenus étaient assez importants pour subvenir aux besoins des deux municipalités sans qu'aucune taxe municipale ne soit imposée aux citoyens), on déplaça le vieux pont sur des piliers temporaires.

Les travaux débutent en février 1936. Les piliers temporaires en bois sont installés à quelques pieds des piliers de pierre. Les énormes pièces de bois sont enfoncées à travers la glace. Les trois arches du pont de fer sont déplacées une à une sur les piliers de bois et des acccès temporaires sont aménagés des deux côtés de la rivière.

Les travaux se déroulent rondement. À la mi-mars, le vieux pont de fer est fonctionnel sur les piliers temporaires et on a commencé la réfection des piliers de pierre afin de recevoir la structure du nouveau pont.

Le jeudi 19 mars en soirée, une grande partie de la population est à l'église pour assister à la célebration de la fête de St-Joseph. À l'extérieur, la température est anormalement douce pour la saison. Quelques jours plus tôt, le vendredi 13 mars, une première débâcle s'est produite. Les glaces qui descendaient en fortes banquises du haut de la rivière Ste-Anne se sont heureusement arrêtés avant de tout détruire sur leur passage, mais ce n'est que partie remise. Depuis quelques heures, les glaces ont recommencées à descendre la rivière semant l'inquétude parmi les paroissiens.

Des témoins de l'événement nous racontent cette soirée. Mme Noëlla Perreault Lacoursière assistait à la célébration religieuse.

Quelques minutes avant la fin de la messe, le jeune Roger-Guy Rompré 10 ans décide de retourner chez lui du côté ouest de la rivière. Accompagné d'un camarade, ils quittent l'église et se dirigent vers le pont.

M. Frédérique Deveault le gardien du pont est à son poste. Depuis plusieurs minutes il voit les glaces descendre la rivière et se fracasser sur les piliers de bois. Les secousses sont très fortes et le pont vibre de plus en plus à chaque collision.

M. Deveault avise les deux jeunes hommes du danger et leur interdit d'emprunter le pont. Ces derniers n'écoutent pas, ils se faufilent et traversent le pont en courant.

À 7h30PM ils atteingnent l'Île des Pins. Au même moment, les piliers de bois cèdent et deux arches du pont s'effondrent dans la rivière avec un bruit d'enfer. Fort heureusement, tout le monde est sauf, il n'y avait personne sur le pont à ce moment.

Roger-Guy Rompré (1926 - 2015)
Il y a quelque mois, la Société d'Histoire a rencontré M. Rompré pour préparer ce reportage. Malheureusement, les problèmes de santé qui l'affligeaient déjà à ce moment n'ont fait qu'empirer et il nous a quitté le 15 mai 2015. Nous tenions à vous transmettre au meilleur de notre mémoire ce qu'il nous avait raconté lors de notre visite.

 

Avec l'éffondrement des deux premières arches du pont, non seulement la circulation fut interrompue entre les deux rives, mais l'électricité et le téléphone sont aussi coupés.

Dans la noirceur totale, on se questionne... Y avait-il des gens sur le pont? Y avait-il des morts ou des blessés? Comment retourner à la maison?

Les nombreux résidents du côté ouest qui assistaient à la messe veulent retourner chez-eux, leurs proches doivent s'inquiéter. Avec les glaces qui descendent la rivière, impossible d'utiliser des chaloupes. Le seul lien disponible est le "pont des chars" (Le pont des trains du Canadien-Pacifique).

À l'aide de lampes de poche et de lanternes, on traverse prudemment par petits groupes, espérant que les piliers de ce pont résisteront à la débâcle. Le bruit assourdissant des glaces qui passent sous le pont s'ajoutant à la crainte.

Quelques-un, comme M Jean-Baptiste Perreault, traverseront en sens inverse à la recherche de parents ou d'amis. Ce n'est qu'à son retour à la maison que ce dernier retrouve ses filles déjà rentrées.

Après quelques heures de tumulte, on est rassuré. Personne ne manque à l'appel et on ne peut rien faire de plus pour l'instant. Chacun rentre chez soi et essaie de dormir. La troisième arche s'éffondra au cours de la nuit.

Dès l'aube, le lendemain matin, on constate les dégâts et la nouvelle se répand. Dans les rangs, ce sont les laitiers et les beurriers qui répandent la nouvelle lors de leur tournée matinale. Plusieurs "attellent" leur voiture et se rendent au village pour constater le désastre.

Les trois arches du pont de fer sont désormais inutilisables. La Dominion Bridge récupèrera tout le vieux fer pour 1000$.

La route nationale #2 est le plus court trajet du côté nord entre Québec et Montréal. On ne peut se permettre l'interruption de ce lien jusqu'à l'ouverture du nouveau pont prévue début octobre.

L'armée canadienne est dépèchée sur les lieux afin de construire un pont militaire. Ce pont temporaire permettra une circulation piétonnière et automobile limitée jusqu'à la fin des travaux du nouveau pont.

La Dominion Bridge reprend ses travaux en avril, la superstructure de ce pont est en acier entièrement soudé à l'électricité, d'une conception d'avant-garde dite «continue» qui requiert des piliers solides et de niveau. C'est une première mondiale et les Péradiens en sont fiers.

Chaque jour, des dizaines de curieux suivent l'évolution des travaux comme en fait foi l'une de ces photos.

Quelques péradiens seront engagés par le contracteur. Sur la photo suivante, nous reconnaissons messieurs Bruno Marcotte et Raoul Vinette.


La SHSADLP rapporte les faits au meilleur de sa connaissance. Si vous croyez avoir des corrections ou des ajouts pertinents concernant ce documentaire, faites-le nous savoir.

Notre but est de rapporter le plus fidèlement possible les informations qui nous sont disponibles.

Sources photographiques:
Les photos proviennent de la collection de la Société d'Histoire de Ste-Anne-de-la-pérade. La plupart d'entre elles furent prises par le photographe M. Jean-Marie Tessier, que les plus vieux péradiens ont bien connu.

Bibliographie:

  • THIBAULT, Daniel, «La vie municipale du village de La Pérade», Tome Premier 1913-1943, Les Éditions de La Pérade 1985.
  • ROUSSEAU, Jean-Melville «J. A. Rousseau Banquier», Éditions du Bien Public 2000.
  • En collaboration, Ste-Anne-de-la-Pérade 1667-1992, album souvenir 325ième anniversaire, Les Éditions de La Pérade 1992